Eclipse

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vendredi 21 novembre 2008

François Hollande n'a toujours rien compris.

Lu sur lemonde.fr:

Plus de cinq mois se sont écoulés entre le début de la procédure et le vote de ce soir. Je conseille à mon successeur de faire des procédures plus courtes (...). La fin a été difficile (...). On aurait évité que les questions de personnes deviennent lancinantes

Cette citation résume a elle seule tout l'échec du Hollandisme. A force de prendre toute confrontation interne comme un échec et à vouloir les éviter à tout prix, le parti socialiste est devenu totalement incapable d'affronter les élections qui, elles, ne sont jamais exemptes de coup bas et attaques ad hominem. D'après mes livres d'histoires, les Mitterrand et autres Blum ont eu aussi à mener des batailles dures dans le parti. Mais que ce soit la bataille du Congrès d'Epinay de 1971, ou la fracture avec les néo-socialistes en 1933, on se rendra compte que ces batailles internes ont précédé des victoires (1981, 1936) sur le plan électoral, ce qui est quand même le plus important.

Aujourd'hui, il y a des fractures difficiles, presque insolubles, à l'intérieur du PS. La majeure concerne l'attitude face à l'Europe révélé au grand jour lors du référendum de 2005. Il est illusoire de penser que ça se règlera en n'en parlant pas et en faisant semblant d'être tous amis. L'échec de 2007 vient moins de la sélection de Royal comme candidate ou de sa campagne, que de la "synthèse" molle de 2006, qui a accouché d'un projet foireux, lequel a réussi l'exploit d'être moins convaincant que le programme inique de Sarkozy.

Alors oui, cette lutte acharnée pour le contrôle du PS est salutaire. Et s'il y a encore des divisions ensuite et que la première secrétaire qui sera élue ce soir doit travailler pour imposer son pouvoir dans les prochains mois, c'est encore mieux. On aura l'air con quelques mois, mais on aura plus de chances de lancer les débats salutaires qui peuvent faire gagner l'élection de 2012.

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vendredi 14 novembre 2008

Voyage au Japon

Je n'ai pas écris grand chose cette année sur ce blog. Je le regrette, car j'ai manqué l'occasion de parler de beaucoup de choses sur la politique française, américaine et même suédoise. Espérons que cela va aller mieux maintenant.

L'une des raisons de mon silence fut également un voyage au Japon en mai de cette année, et un temps considérable à réaliser un site qui raconte ce voyage et présente les aspects culturels du Japon que nous avons découvert. En deux semaines, c'est un Japon étonnant et déroutant que j'ai découvert, et je voulais le partager ici.

Voici donc le récit de mon voyage au Japon. Je pense que même si vous connaissez un peu ce pays, vous découvrirez ou redécouvrirez certaines choses avec plaisir.

Bonne lecture!

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Un anniversaire qui fait un carton

Après dix mois maintenant au pays d’ABBA, il serait temps que je parle de la Suède. Ces derniers temps il s’y passe des choses intéressantes.

Une petite polémique a éclos ici cette année, qui met en scène une école du voisinage, polémique qui éclaire l’attachement des suédois à la notion d’égalité et d'inclusion dans la société.

En début d’année un élève de primaire d’une école pas loin de chez moi a décidé d’inviter ses camarades à un gouter d’anniversaire. Pour cela, il a distribué des cartons d’invitations à tous les membres de sa classe. Tous ? Non, deux élèves se retrouvèrent sans petit carton et de fait exclus de la petite fête. Voyant cela, l’instituteur décida de confisquer toutes les invitations.

Cette façon de régler l’affaire a plutôt ému le père de l’élève, qui en a appelé à l’Ombudsman du Parlement suédois, équivalent approximatif du Médiateur de la République français. L’un des élèves exclu, disait-il, n’avait pas invité son fils à son propre goûter d’anniversaire, et l’autre le martyrisait depuis six mois. Si on peut sourire au premier prétexte, l’autre est très compréhensible.

L’école a défendu l’instituteur, précisant qu’elle possède une règle non écrite disant que de telles invitations peuvent être données soit à l’ensemble des élèves de la classe, soit à toutes les filles, soit à tous les garçons, mais qu’exclure deux camarades de classe arbitrairement n’est pas admissible. On peut s’interroger d’ailleurs sur le sens d’un règlement qui autorise une discrimination sexuelle, mais pas un choix arbitraire qui reposerait sur les affinités de l’élève avec les camarades en question.

Le débat a fait surface au niveau national. Le Folkpartiet Liberalerna, parti populaire et libéral, faisant partie de la coalition de droite au pouvoir, s’est exprimé en faveur de l’instituteur. Un sondage a montré que les suédois restaient divisés sur la question : 56% d’entre eux reconnaissaient le droit de l’enfant d’inviter qui il voulait à sa fête, 44% soutenaient l’instituteur.

Toute la polémique respose sur une question plutôt intéressante sur la liberté de l’enfant, le respect de sa propriété, contre la nécessité d’éviter qu’un élève soit exclu par ses camarades. On peut trouver légitime qu’on intervienne pour qu’un enfant ne soit pas rejeté des jeux de la cour de récréation, s’il se retrouve tout seul dans un coin pendant que ses camarades jouent entre eux. On a tous été témoins à l’école d’une forme d’exclusion d’élèves « impopulaires ». Mais n’est-ce pas aller trop loin que d’empêcher un enfant de choisir les camarades avec qui il a envie de partager son anniversaire ? Et s’il faut protéger les droits des enfants, quid de celui de la propriété privée que constituaient ses invitations ? Au pays de Voltaire ou les enseignants confisquent sans problème les affaires des élèves si ceux-ci perturbent les cours, et où on pratique les punitions collectives, ces questions ne se posent pas. Mais en Suède, les enfants ont des droits, et ont un recours possible à un Ombudsman spécialisé, le barnombudsmannen, ou ombudsman des enfants.

C’est sur le terrain du respect de la propriété que l’Ombudsman a fini par trancher ces derniers jours : non, l’instituteur avait tort de confisquer des invitations qui ne lui appartenaient pas, et contre la volonté des élèves. L’école n’a pas été sanctionnée, mais le principe est posé.

Je trouve cette décision, malgré l’objection louable d’une protection des élèves impopulaires contre l’exclusion, est la plus approprié. Il est des affaires privées dans lequel l’état ou l’école ne devrait pas s’infiltrer. Et on ne peut pas forcer de cette manière l’intégration d’un élève en l’imposant à ceux qui le rejettent, cela a toutes les chances d’être contre-productif. L’inclusion de l’élève se fait à travers son inclusion dans les jeux scolaires, dans un travail difficile d’éducation et de règlement des conflits. La confiscation des cartons d’anniversaire n’était qu’une solution spectaculaire qui ne réglait pas le fond du problème.

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jeudi 6 novembre 2008

Un vent d'optimisme

Je crois que tout le monde est au courant, Obama est depuis hier soir le prochain président des États-Unis.

Il y a beaucoup de choses à dire sur cette élection, et beaucoup de choses ont déjà été dites. Les médias français se focalisent sur le symbole d'un Africain-Américain accédant à la Maison Blanche dans un pays dont l'histoire a été marquée par l'esclavage et la ségrégation. Mais est-ce le seul symbole, le seul angle sous lequel on peut voir l'élection?

Pour moi Obama souffle, d'une certaine manière, un vent d'optimisme. Un optimisme dont l'Europe, et pas seulement les États-Unis a bien besoin.

Depuis le début du 21ème siècle, il était difficile de voir le moindre signe positif dans l'évolution du monde. Difficultés économiques, menaces terroristes, problème d'intégration de migrants et menaces écologiques étaient traitées de manière à créer la division et avec un état d'esprit étroit. Les élections aux États-Unis, en Russie, en France, en Italie, et dans d'autres pays, voyaient les peuples porter aux commandes des populistes au thème chauvins, et la partie libérale (au sens philosophique) et ouverte du champ politique (qu'il soit de droite ou de gauche) semblaient incapables d'exprimer un argument, ou peu désireuse de le faire, car dire la vérité au peuple fait perdre les élections.

En 2007, dans l'élection présidentielle française, j'ai choisi le moindre de deux maux: la populiste de gauche aux accents autocrates et au projet flou, plutôt que le populiste de droite, aux accents encore plus autocrates, chauvins, flirtant avec la xénophobie et montrant un total manque de compréhension de l'économie (pour moi, le problème fondamental de la France) car incapable (et non désireux) de la regarder sans les verres déformants de l'idéologie, et un style politique basé sur la division et l'arrogance. Mais je n'étais pas fier de ma candidate et un peu déprimé par le fait apparent que si même elle était populiste, elle ne pouvait gagner parce qu'elle ne l'était pas encore assez!

J'ai suivi l'élection américaine avec un grand intérêt cet année, car elle montrait que l'on pouvait gagner une élection en étant réfléchi au lieu d'être populiste, qu'on pouvait rassembler au lieu de diviser. Obama n'est pas parfait, mais sa campagne a montré comment la politique devait être et comment un homme de « gauche » pouvait gagner une élection quand les conditions étaient hostiles, en parlant à la fois au cœur des gens et à leur cerveau, que la gauche pouvait éviter d'exploser au contact de la Culture War, et qu'un message de changement et d'espoir, certes parfois délivré avec naïveté, peut l'emporter.

Un article du Time Magazine paru avant l'élection résume un peu tout cela, tout ce pourquoi Obama a gagné, et pourquoi je suis heureux qu'il ait gagné.

Au début des primaires, en janvier, j'étais plutôt favorable à Hillary Clinton (en particulier car son programme de santé était beaucoup plus ambitieux), mais j'ai réalisé à quel point le gars était bon quand il fit son discours sur la race suite au débat lancé par les sermons haineux de son pasteur Jeremiah Wright. Tout cela est expliqué à la seconde page de l'article:

"The decision to make it big as opposed to make it small," Obama said of the landmark speech on race relations he delivered in Philadelphia. "My gut was telling me that this was a teachable moment and that if I tried to do the usual political damage control instead of talking to the American people like ... they were adults and could understand the complexities of race, I would be not only doing damage to the campaign but missing an important opportunity for leadership."

Comparez cela à Sarkozy disant (par exemple), que sous la gauche, la France était devenue antisémite; s'en prenant aux « racailles »; clamant que la gauche était du côté des casseurs et des voleurs ...

Oui, pour moi, Obama, c'est d'abord un vent d'optimisme …

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