On ne le dira jamais assez, les sondages que nous proposent les instituts ne sont pas aussi mauvais qu'on ne le pense, ce sont les journalistes qui en font une présentation pernicieuse et leur font dire plus qu'ils ne peuvent dire.

Pas moins de quatre instituts de sondage se sont focalisés sur la course à la mairie de Marseille et ont publié leurs résultats jeudi et vendredi. L'AFP nous présente ceux de BVA et Ifop sous le titre Marseille: un nouveau sondage donne le PS vainqueur dans les 2 secteurs clés, qui ne laisse guère de doute. Pourtant les écarts donnés par les sondages sont ridicules: 51-49 ou 50.5-49.5, ce qui est bien en-dessous de la marge d'erreur, qui est d'au moins 4% pour les échantillons de 500 personnes utilisés par les sondeurs. Ce qui veut dire que dimanche les marseillais du troisième secteur peuvent bien voter à 53% pour la liste UMP sans être en contradiction avec le sondage BVA qui donne 51% d'intentions de vote à la liste fusionnée PS-Modem.

Pour ainsi dire, voilà un récapitulatif des quatres sondages fait avec un tableur OpenOffice qui plante avec une délicate couleur saumon pour essayer de figurer le mélange rouge-rose-vert-orange:

1er secteur:

3ème secteur:

Seul le sondage Ifop pour le 1er secteur de Marseille donne un écart à peu près significatif. Malheureusement, c'est aussi le seul dont je ne connaisse pas la taille de l'échantillon.

Le seul résultat de ces sondages, c'est que le premier et le troisième secteur de Marseille sont extrêmement indécis, et que nul ne peut prévoir l'issue de ce scrutin. Cela n'empêche pourtant la presse de titrer tantôt "le PS vainqueur", tantôt "Gaudin gagnant". Pourquoi une couverture aussi médiocre? Pourtant le fait même qu'il y a un suspense à Marseille et que l'élection se jouera dans des secteurs clés, en particulier le troisième, est une information capitale. Il y a une incompréhension de l'incertitude, et peut-être même une peur de celle-ci, qui conduit les médias à trancher pour l'un ou l'autre candidat, comme pour se rassurer.

Cela étant posé, comme le remarque Hugues, il n'est pas certain que le résultat de dimanche change beaucoup de choses à Marseille, car si la philosophie politique est différente entre l'UMP et le camp socialiste-démocrate, la gestion clientéliste risque bien, elle, d'être la même.