Eclipse

NNamrak.org

mercredi 24 janvier 2007

Prétendue bourde et souveraineté

J'ai un peu hésité à écrire cette note, comme j'hésite depuis le début de cette pré-campagne présidentielle à défendre de manière trop véhémente Ségolène Royal au sujet de ses diverses supposées bourdes, parce que je ne veux pas donner trop d'importance à des polémiques futiles que certains mettent continuellement en avant tout en réclamant qu'on parle enfin du fond.

Mais je sens bien, chez mes camarades socialistes, un certain blues face à une situation qui semble nous échapper. Certes, la campagne est pour l'instant mauvaise. Néanmoins la facilité avec laquelle certains semblent accepter qu'on nous présente les déclaration de la candidate du PS sur la souveraineté du Québec comme une erreur monumentale m'étonne.

Je ne vais pas resservir les arguments contre-productifs et à mon avis à côté de la plaque sur le fait que les Français ne voudraient pas comme président un super-ordinateur qui a réponse sur tout et ne fait jamais d'erreur. C'est faux et insultant, pour le peuple français en premier lieu, comme pour la candidate Royal.

Simplement, qu'a dit Ségolène au sujet du Québec? Elle a parlé de la souveraineté et la liberté du Québec. Ce qui vaudrait soutient verbal au mouvement indépendantiste québécois.

Admettons. Et alors?

OK, c'est à contre-courant de la politique étrangère française, qui est de la fermer sur ce sujet. Mais là n'est pas le problème. Une présidente est justement là pour proposer des changements de politique. La question pourrait être de savoir si ce serait une bonne politique pour la France de demain d'être bienveillant vis-à -vis du projet souverainiste. Personnellement je pense que ce ne serait pas une très bonne politique, parce que tout simplement elle pourrait aboutir à un Québec indépendant, ce qui ne me semble pas une bonne chose, en accord avec mon peu d'enthousiasme pour les créations absurdes de frontière, dans lesquelles les peuples ont un peu à perdre et absolument rien à gagner, surtout quand en l'occurrence il s'agit de se séparer d'un pays pratiquant un fédéralisme avancé comme le Canada.

Mais là n'est toujours pas la question. La question est: est-il scandaleux pour la France de demain de soutenir l'indépendance du Québec, et pourquoi pas, l'indépendance d'autres parties du monde?

Ma réponse est non. L'indépendance du Québec n'est pas un projet scandaleux, comme ne l'est pas celle de Tokelau ou du Timor Oriental, ni même celle de l'Irlande du Nord, du Pays Basque ou de la Corse. Ce qui est terrible dans ces derniers cas, c'est les moyens engagés par certains pour aboutir à cette indépendance, pas celle-ci en elle-même. Alors non, Royal qui vient affirmer sa sympathie à Boisclair, n'est pas équivalent à Stephen Harper qui viendrait clamer sa passion du peuple corse à Talamoni, comme le prétend un commentateur chez Hugues. C'est d'ailleurs bien ce qui distingue le "Vive le Québec libre!" de De Gaulle dans un contexte de tensions qui culmina par le meurtre du ministre Pierre Laporte, la suspension des droits civiques et l'irruption des chars à Montréal de la déclaration ségolienne dans le contexte apaisé d'aujourd'hui [1]. Aujourd'hui le Parti Québécois a pignon sur rue, a gouverné la Province pendant plusieurs décennies sans la mettre à feu et à sang. Et nonobstant ses projets nationalistes, c'est un parti social-démocrate, comme on voudrait que le Parti Socialiste français le soit.

On objecte qu'un pays démocratique n'a pas à se mêler des affaires internes d'un autre pays démocratique. Soit. Hugues résume cela en quelques mots: (...) l'avenir des habitants de la Belle-Province est leur affaire et leur affaire seulement. Jusqu'à nouvel ordre, ils souhaitent rester canadiens.

Oui mais non. Certes l'ingérence dans les affaire internes d'un pays est délicate, et il faut s'en abstenir à priori. Mais il ne faut pas forcément s'en abstenir absolument. Parce qu'il y a là une erreur factuelle: si les Québécois demain votaient pour l'indépendance, ils ne l'auraient pas forcément. La position fédérale du gouvernement à Ottawa a toujours été que ni le droit interne canadien ni le droit international ne permettent au Québec de faire sécession unilatéralement (plus de détails ici). Même si 80% des habitants de la Belle Province se prononçaient pour la sortie de celle-ci du Canada, celle-ci n'aurait pas lieu sans le bon vouloir de la fédération. Les référendums qui eurent lieu jusqu'ici n'ont toujours eu d'autre valeur que celle d'un sondage géant.

Alors certes, à 80%, le Canada n'aurait d'autre choix politique que d'accepter la volonté populaire. Mais à 51%, rien n'est moins sûr, le danger étant quand même pour Ottawa l'éclatement complet de la fédération. Seul à ce moment-là une pression internationale pourrait faire pencher la balance d'un côté ou de l'autre, et à ce moment-là, le poids de la France, si léger sur la plupart des sujets internationaux, pourrait ici devenir précieux, et l'ingérence serait possible voire souhaitable, pour faire respecter la volonté des citoyens québécois.

Je passe sur le Jusqu'à nouvel ordre, ils souhaitent rester canadiens. Quand on voit les résultats du référendum de 1995 et les diverses controverses qui l'ont entouré, on se dit qu'on n'en sait rien.

Donc non, il n'y avait rien de scandaleux, de maladroit, dans la déclaration de Ségolène. C'est encore une polémique à la con, une de plus, pendant que Sarkozy, lui, raconte des vraies âneries dans le Monde. Plus là-dessus dans peu de temps.

Notes

[1] Je trouve d'ailleurs assez hallucinant qu'on trouve la déclaration irresponsable de De Gaulle héroïque, alors que celle de Ségolène serait navrante. Il y a comme un problème.

Tags:

lundi 8 janvier 2007

Gardez-moi de mes amis...

Autant je trouve les critiques des opposants la candidate Royal assez vains pour l'instant, autant les contre-feu grotesques de certains francs-tireurs socialistes commencent me chauffer les oreilles. Car c'est comme ça qu'on se fait justement allumer: Koz peut attaquer les délires de Montebourg sur le caractère soit-disant amateur des voeux de Ségolène Royal, il enfonce une porte ouverte, mais ça fait mal. A quoi ça sert de mentir en prétendant que la mise en scène de la vidéo des voeux est dénuée, justement, de toute mise en scène? Ne serait-ce pas plus simple de dire que oui, on a voulu faire original, on a essayé de donné un ton différent, parce qu'il n'y a rien de plus chiant que les voeux d'hommes et de femmes politiques, qu'il est très dur d'éveiller l'attention, comme le montre le livre de Éric Giacometti et Henri Vernet sur les voeux de présidents, donc on a tenté ça, d'ailleurs ça a réussi, on parle de nous bien plus que des voeux du petit Nicolas?[1] C'est si compliqué?

Parce qu'il n'y a aucune honte vouloir faire un peu de communication politique. Royal veut faire passer un message de proximité aux Français. Un message ça se prépare, personne n'en doute. Et même, ça se met en scène. On fait ça depuis l'invention de la démocratie.

Et aujourd'hui, c'est l'affaire de la "bravitude". Dans un voyage en Chine, qui somme toute se passe bien, on n'a trouvé qu'un néologisme hasardeux lui reprocher (ou un lapsus, qu'en sais-je), on ne va pas en crever. Que ses adversaires politiques sautent sur l'occasion c'est assez bas mais on a vu pire (les blogs de Jeunes Populaires sont assez gratinés en ce moment, mais je ne ferais pas de publicité). Je ne suis pas vraiment spin-doctor dans l'âme, mais j'aurais pensé que les socialistes feraient mieux de jouer les blanches colombes devant la bave du crapaud ce sujet et de mettre plutôt en avant le reste de son voyage. Mais bien entendu ça ne se passe pas comme ça: Bianco et Lang pensent plutôt CONTRE-FEU, comme un réflexe, et ça donne cette dépêche de Reuters. Bon, je ne sais pas, j'ai même pas envie de citer des extraits de ces morceaux de bravoure (ou de bravitude), mais savourez quand même:

L 'ancien ministre socialiste de la Culture et de l'Education Jack Lang, conseiller spécial de Ségolène Royal, s'est en revanche dit "un peu envieux" de l'invention de la candidate. "J'aurais aimé inventer ce beau mot", a-t-il déclaré dimanche au Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro. "Il exprime la plénitude d'un sentiment de bravoure." "L'inventivité sémantique fait partie de la capacité d'un candidat parler une autre langue que la langue de bois", a-t-il ajouté. Ségolène Royal "parle une langue qui touche le coeur des gens."

Pendant ce temps, on aurait peut-être pu parler des sujets énumérés par la candidate en Chine: la concurrence déloyale, les droits humains, le Tibet, les prisonniers politiques... Bien sûr personne ne croit - et personne ne doit faire croire - que la visite de Ségolène va changer la vie des Chinois du jour au lendemain. Mais qui parle aujourd'hui de ces sujets en France? Qui s'offusque encore dans l'Hexagone qu'on développe des relations commerciales avec un pays qui enferme ses dissidents et développe un capitalisme dont les fruits ne parviennent que dans les mains de quelques uns? Un certain nombre de gens je pense. Je suis assez content, quoi qu'on en dise, qu'une candidate la présidentielle aille l -bas, et dise ces choses-l .

Notes

[1] Et les statistiques de DailyMotion, sans être une preuve, sont un bon indice du coup média réussi.

Tags:

mardi 2 janvier 2007

Erratum, ou presque

Hier, j'avançais que la peine de mort était le résultat de la propagation de certaines idées de la droite convervatrice. Aujourd'hui, Nicolas Sarkozy me détrompe: lui aussi rappelle qu'il est contre la peine de mort. Que c'est pour lui une "question de principe". Dont acte.

Ce que je voulais dire, je pense, est que la peine de mort est d'abord un fantasme autoritaire. Le fantasme de l'exemple qui fairait réfléchir les criminels en puissance, et préviendrait les futurs crimes. Que ce raisonnement de l'exemplarité de la peine soit erroné, peu importe, même si on pense de nos jours que la peine de mort n'a pas la moindre influence sur la criminalité. Quand bien même la peine de mort ferait baisser le crime (et après tout, on peut lui reconnaître d'assurer un taux de récidive strictement égal zéro), elle n'est pas envisageable parce qu'on ne peut mettre en balance une vie avec une autre, qui plus est potentielle (les futures victimes hypothétiques). La mise mort de personnes ne saurait être une politique publique de lutte contre la criminalité.

Tags:

lundi 1 janvier 2007

Sale temps

pour la lutte contre la peine de mort. En quelques jours, on a vu Saddam Hussein pendu, suivant de peu quatre prisonniers de droit commun japonais, tandis que cinq infirmières bulgares et un médecin palestinien étaient condamnés l'être en Lybie. Et bien sûr, il y en a sûrement d'autres, pendant ce temps, en Chine, Cuba, aux États-Unis et dans quelques autres pays, dont on parle moins. La carte des pays qui pratiquent la peine de mort est encore impressionnante.

Lire la suite

Tags: