Si j'en parle c'est que ça rejoint des petits calculs que j'avais fait dans un coin de tableur au lendemain du 21 avril 2002, sur une idée légèrement différente.

Deux-trois mots d'abord sur la motivation d'une telle réforme. Carcassone et Duhamel titrent leur tribune "pour éviter un nouveau 21 avril". Il faut savoir ce qu'on veut dire par là. Est-ce pour éviter que Le Pen ou un autre extrêmiste s'approche de la breloque présidentielle, ou pour assurer que la gauche accède toujours au second tour? Evidemment non, car ça c'est l'affaire des électeurs. La loi électorale doit être aveugle à la couleur politique des candidats.

Non, si le 21 avril a été une catastrophe pour la gauche, il a d'abord été un scandale pour la démocratie. Je veux dire par là que sont passés au second tour seulement deux candidats dont aucun n'avait attiré 20% des suffrages. Ce sont donc deux petites minorités qui sont passées, au seul motif qu'elles étaient moins divisées que les autres. Où est le choix des citoyens là-dedans? Et le principe majoritaire? C'est ça qu'il faut changer.

Pour ce faire, l'idée développée dans cette tribune est de faire passer plus de deux candidats au second tour si la division des candidats a dispersé les voix. Carcassone et Duhamel proposent d'imposer une limite de 20%: si l'un des deux plus gros candidats passent en-dessous, alors on en invite deux autres. C'est valable, mais j'ai quelques bémols. D'abord la limite est un peu arbitraire... 20%, pourquoi pas 25... Ensuite le seuil est un peu brutal: dans un cas limite, pour quelques voix de différences, on a deux candidats au second tour ou bien quatre. Pourquoi pas de stade intermédiaire avec trois candidats? Pour simplifier? Oui, mais il y a aussi simple autrement.

En fait l'idée que j'avais eu lors de ces journées d'avril 2002 était de définir la règle ainsi de manière formelle:

Lors d'un tour d'une élection, passent au tour suivant autant de candidats nécessaires pour que leur total cumulé de suffrage obtenu soit supérieur à 50% des suffrages exprimés.

Ainsi, en 2002, Chirac et Le Pen totalisaient 36,74% des voix à eux deux. Il faut donc inviter Jospin pour obtenir un total de 52,92%. On fait donc un deuxième tour à trois candidats.

L'avantage de ce système serait l'utilisation du rapport de 50%, qui est beaucoup signifiant dans une démocratie qu'un 20% arbitraire. Ce serait tout aussi simple et clair à expliquer et on aurait respecté le plus important dans une démocratie, qui est la volonté d'une majorité de votants.

Dans ce système, on aurait eu aussi un tour à trois en 1997, avec Jospin+Chirac+Balladur, mais on serait resté à deux en 1988 contrairement au système de Carcassone et Duhamel.

Au deuxième tour en question, ces derniers proposent d'envoyer les deux premiers de nouveau au troisième tour (je suppose qu'ils se mettent dans l'hypothèse où aucun candidat n'obtiendrait plus de 50% à lui seul au tour intermédiaire.) Ma proposition, elle, est d'envoyer au troisième tour de la même manière autant de candidats qu'il faut pour atteindre 50%. Ce qui ouvre la possibilité d'un troisième tour à trois, et donc d'un quatrième tour, et ainsi de suite. Rassurez-vous, on peut prouver qu'il y a toujours une fin et qu'on ne peut bloquer dans une boucle infinie de tours électoraux.

Bref, l'idée est lancée, je ne sais pas si ça ira très loin (pour la proposition des deux universitaires, la mienne n'a pas de prétention au-delà de ce blog), mais elle est bonne et vaut la peine qu'on en discute.