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jeudi 17 avril 2008

Lamentable

La ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie a annoncé la dissolution de deux groupes de supporteurs de football, les Boulogne Boys après l'affaire de la banderole injurieuse du Stade de France, et la Faction Metz après des incidents lors de Lyon-Metz du 23 février.

Source: Libération.

Voici donc deux groupes de supporteurs de football dissouts par le Ministère de l'Intérieur. Sur le second, il n'y a pas grand chose à dire: la Faction Metz n'a jamais été un groupe constitué, et ils ont déserté le stade depuis quelques temps. Dissoudre quelques chose qui n'existe pas, ça ne va pas bien loin.

La dissolution des Boulogne Boys est quand à elle stupide et irréfléchie. Il va de soit que la violence dans les stades ne va même pas baisser d'un iota après cette histoire, et les banderoles non plus, je me suis déjà ouvert là-dessus. Mais qu'importe, c'est le symbole qui compte. Tout ça consacre en fait la prise de pouvoir d'une classe moyenne bourgeoise qui ne veut plus voir une réalité qu'elle ne veut pas affronter, comme l'explique très bien Christophe Guilluy dans Marianne 2.

Mais enfin voir un club de supporteurs dont la plupart sont totalement étrangers à cette affaire et qui ne font que vivre dans un milieu, une culture de confrontation qui est inhérente au sport quoi qu'on en dise, ravalés au rang d'autres organisations comme Unité Radicale ou la Tribu Ka montre que ces interdictions de groupe, non contents d'être inefficaces et liberticides, dérapent vite pour frapper des gens qui ne présentent aucun danger ni pour eux ni pour leur prochain, selon l'humeur des médias et les aléas de la démagogie politicienne.

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mardi 1 avril 2008

Banderole de l'hystérie

Libération se demande: n'y a-t-il pas emballement dans cette histoire de "banderole de la honte", cette banderole affichée par des supporters du PSG invectivant les ch'tis ? Est-ce qu'on n'en fait pas un peu trop?

Certes, le contenu de cette banderole est stupide et offensant. Cependant, à lire le concert des dépêches autour de cette affaire on est plutôt effrayé, puisqu'on voit se presser pour se scandaliser:

  • Toute une litanie de politiques (Sarkozy évidemment, Bachelot et Laporte dont le talent politique ne permet pas qu'ils fassent autre chose que réagir à ce genre d'évènement de toute façons, les maires PS de Lens et de Lille, un communiste de Paris et j'en passe);
  • Dany Boon, qui semble intronisé porte-parole du Nord de la France;
  • La presse unanime qui fait un concours de superlatif pour dire son horreur.
  • Martel, qui compare ça à un "viol". Les victimes de vrai viol apprécieront.
  • Et bien sûr Aulas qui réclame rien de moins qu'une interdiction de stade à vie. Oui, ça coute pas cher de hurler avec les loups, surtout en demandant une interdiction de stade qui, par la loi, n'est pas extensible au-delà de trois mois de toute façons.


Tous réclament "la plus extrême fermeté". C'est quoi la plus extrême fermeté? La peine la plus lourde qui puisse être prononcée en France, c'est la peine de prison à vie dont 30 ans incompressibles. C'est bien sûr complètement démesuré. Mais même les peines moins sévères dont parlent la presse (1 an de prison maximum pour "incitation à la haine et à la violence", j'y reviendrais) sont ahurissantes, à mon gout.

Réveillons-nous, là: "pédophiles, chômeurs, consanguins" c'est des insultes. Vous n'avez jamais insulté personne? Vraiment? Bravo, vous êtes quelqu'un de bien. Jamais rit quand Coluche se foutait de la gueule des Belges? Bon, pourquoi pas, vous êtes un ascète, dites-donc. Jamais fait une blague sur un particularisme local, genre les Suisses sont lents, les Provinciaux paysans, les Parisiens tête de chiens, les Corses feignants, les Niçois vieux et racistes, les Bourguignons arriérés, les Bordelais négriers, les Nantais vendéens, les Lyonnais collabos, ou encore les Marseillais qui s'insèrent des poissons morts dans le fondement?

Si vous répondez non à tout ça, bravo. Mais à mon avis, vous êtes quelqu'un de chiant.

Je vais vous dire: je n'ai jamais vécu plus d'un mois en France dans une région autre que l'Alsace-Moselle, sans me faire traiter une seule fois d'Allemand. Enfin pas exactement d'Allemand, mais plutôt de "Boche", ou encore "Chleuh" mais c'est plus rare. Pour rappel, ces mots désignaient l'Allemand en tant qu'ennemi pendant les guerres.

Tiens, il y a deux semaines, même un Suédois m'a traité d'Allemand, c'est dire.

Est-ce que j'ai besoin de rappeler qu'en 2008 il n'y a absolument aucune honte à être Allemand? J'en ai jamais pris ombrage, loin de là. Mais je sais que l'insulte a pu faire mal, et peut encore faire mal à ceux qui ont vécu certaines époques.

Pourtant, il ne me viendrait jamais à l'idée de porter plainte contre les auteurs de telles blagues débiles. Parce que je sais que c'est de l'humour. Et même si c'en est pas, eh bien je pense qu'on a le droit d'être con et de dire ce qu'on veut.

Parce que, là encore je crois qu'il y a besoin de le dire: cette banderole c'est de l'humour. Enfin disons plutôt que c'est une espèce d'"attaque destabilisatrice", visant par un "trait d'esprit" à obtenir un ascendant psychologique sur le supporter adverse (pas sur les joueurs qui eux s'en foutent), ce qui devrait permettre de remporter la partie au niveau vocal dans les tribunes, en sapant la volonté adverse de pousser la chansonnette.

Il va de soit que là, c'est complètement raté. La banderole n'a fait qu'énerver tout le monde et consterner les supporters parisiens qui ne participent pas à ça.

Mais il s'agit bien d'une culture des stades. Les exemples sont légions de banderoles de ce genre, puisqu'il y en a chaque semaine. Beaucoup d'exemples parmi les plus saisissants sont rassemblés sur ce forum (attention, pas toujours pour les âmes sensibles). Il est clair que bien souvent ça peut sembler extrêmement navrant. En fait ça l'est, clairement. Il faut néanmoins rappeler que l'amalgame ne doit pas être fait entre ces mots et la véritable violence qui peut exister dans les stades. Puisque bien souvent les banderoles sont le fait de supporters organisés et les véritables violences d'éléments isolés. Évidemment, expliquer tout ça et mettre en perspective, c'est difficile, mais c'est nécessaire: le téléspectateur de la Coupe de la Ligue est un spectateur occasionnel de football, il n'a pas l'habitude des stades et de ce genre de culture de l'invective. Est-ce que ce genre de culture doit disparaitre? On peut se poser la question. Pourtant 95% du plaisir que prodigue le sport réside dans le fait de titiller son adversaire. Quand c'est fait avec talent et humour, c'est mieux, évidemment.

Mais c'est là que je reviens au traitement médiatique de cette affaire: d'habitude quand des banderoles navrantes s'affichent dans un stade, les caméras font leur possible pour les éviter. C'est comme ça que Thierry Rolland et Jean-Michel Larqué ont pu cacher pendant des années qu'ils étaient insultés par banderole interposée dans tous les stades de France et de Navarre. Là, ça n'a pas été le cas. Pourquoi?

N'étant pas amateur de théories du complot, je ne peux qu'invoquer un certain amateurisme de France Television qui n'a pas encore appris à filmer un match de foot, soit dit en passant.

Ainsi, la banderole n'a été affichée que quelques minutes, il aurait été facile de la louper. Et ceux qui l'ont vue à ce moment dans le stade, ont du se dire quelque chose du genre "pfff quelle bande de cons ces parisiens", ils ne se sont pas effondrés par terre en pleurant, ni cherché la poterne la plus proche pour se pendre.

Mais voilà: l'affaire a été reprise partout, et comme j'ai dit la presse particulièrement rivalise d'adjectifs, à défaut d'arguments. "inacceptable" est l'un d'eux.

Mais si ça c'est inacceptable, qu'est-qu'on doit dire des évènements violents qui ont eu lieu comme la chasse aux Noirs dans le RER racontée par l'Equipe et par le Bondy Blog? Si cette banderole est déjà le summum du Mal, ou va le reste, ce que je sens confusément, excusez-moi, comme étant des choses *plus graves* que cette banderole risible?

Je rappelle qu'en ce moment la Chine massacre du Tibétain dans un silence gêné, hein.

C'est un constat que j'ai, qui dépasse cette affaire et le football. Aujourd'hui, dans le monde médiatique, j'ai l'impression qu'il n'y a plus que deux réactions possibles à un évènement: soit on s'en fout, soit c'est l'hystérie. C'est particulièrement prégnant chez les politiques. Il faut dire que quand on n'a rien à dire, jouer l'indignation et se placer en chef des gentils contre les méchants ne coute pas cher et permet d'éviter d'avoir une pensée construite sur le sujet. Sarkozy, l'auteur de "Quand on veut expliquer l’inexplicable, c’est qu’on s’apprête à excuser l’inexcusable", a bâti sa carrière entière sur ce schéma. Les cries d'orfraies de certains à gauche à chaque fois qu'on touche à certain de leurs tabous ne valent pas mieux, d'ailleurs.

Et entre tous ces hypocrites, les plus détestables du jour se trouvent être Martel et son entourage. Leur tentative pour faire rejouer le match est tellement navrante d'opportunisme que c'en est pitoyable.

Et le pire c'est que ça va marcher: les incidents racistes de Bastia et Metz ont créer un précédent. Désormais quand des supporters même seuls et isolés ont un comportement inadéquat, il y aura une sanction sportive. Oh, je ne crois pas que le PSG sera privé de sa coupe, mais ils pourraient jouer à huit clos quelques matches.

Observons les résultats pratiques de cette affaire et de l'implication des politiques. Il y a désormais une enquête, "confiée lundi à la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP), dépendant de la préfecture de police de Paris". C'est-à-dire qu'on va affecter des ressources destinées à protéger les biens et les personnes pour retrouver les auteurs de cette fichue banderole. Vous allez me dire, c'est pas grave, c'est pas comme s'il y avait de l'insécurité à Paris, hein.

Et quand je parle de ressources, c'est pas des moindres: "des morceaux de la banderole ont été retrouvés et des hommes de la police technique et scientifique sont en train de les étudier pour voir s'ils comportent des traces ADN". J'ignore combien ça coûte, mais je serais très étonné que des analyses d'ADN soient gratuites, j'aurais même tendance à penser que c'est plutôt cher, mais bon c'est pas comme si les caisses de l'Etat étaient vides, hein. Pour information, l'analyse ADN est d'habitude utilisée uniquement dans les affaires graves, au minimum un vol avec violences, un viol, un homicide, ou quand un enfant disparait de manière inquiétante. S'il y a bien quelque chose qui montre qu'on est en pleine hystérie, c'est bien la recherche de traces d'ADN.

Et après, qu'en feront-ils? Si les auteurs de la banderole n'ont jamais été arrêtés pour un délit quelconque, ce qui est fort possible, leur ADN n'a jamais été prélevé et ils ne sont dans aucune base de donnée. Ou alors on compte faire passer un test à tous les supporters parisiens?

Mais bon, on s'en fout: l'important c'est de montrer que l'Etat ne laisse pas faire. L'intendance suivra, comme disait De Gaulle.

Le plus beau, c'est de voir que pour obtenir une qualification pénale, il faut tordre sévèrement la logique. Comme le délit de "insulte à région" n'existe pas, on nous sort le "incitation à la haine et à la violence".

Méditez cette question: où est-ce qu'il y a incitation à la haine et à la violence? Je suis sincèrement intéressé si quelqu'un ici peut répondre en commentaires à cette question par autre chose que "nulle part".

Et je parle même pas des bienheureux qui parlent de racisme et répètent en boucle que c'est l'œuvre de nazillons. Quand on a de la peine à montrer qu'on est plus indigné que les autres, il ne reste que l'outrance.

Alors, je sais bien ce que les plus émus diront: c'est quand même un rejet de l'autre, dit avec une grande violence verbale. La France a plus besoin en ce moment d'unité que de graines de divisions. Oui, c'est vrai. Mais je suis de ceux qui pensent que ça doit pouvoir se dire. D'une part parce que ces sentiments existent, et que réprimer leur expression ne les éliminera pas. Voire même les attisera. D'autre part, parce que interdire cela aujourd'hui, peut conduire à interdire d'autres choses demain et au final à bannir toute forme d'expression libre. En témoigne ce "incitation à la haine et à la violence" qu'on essaye de coller à une situation qui ne lui correspond pas alors que ce délit a surement été créé à l'origine pour réprimer des faits bien plus graves.

On n'obtient pas l'unité et la paix sociale en traquant ceux qui ne pensent pas comme la majorité. On ne l'obtient que par la tolérance, la liberté et l'ouverture d'esprit, le sens de la mesure, et peut-être un sens de l'humour. Au risque de passer pour un bisounours, c'est ce que je pense.

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jeudi 20 mars 2008

www.interet-public.gouv.fr : Erreur 404

Les blogs politiques (voir par exemple Luc Mandret, Authueil, Jules et le Figaro pour un résumé) bruissent depuis plus de vingt-quatre heures maintenant de la nomination d'un jeune normalien, Nicolas Princen[1], pour une mission de surveillance de la diffusion d'informations sur le chef de l'Etat sur la Toile. Plus exactement sa mission serait, je cite le Jdd (via Jules):

Surveiller tout ce qui se dit sur la Toile, de traquer les fausses rumeurs et de déjouer toute désinformation à l'encontre du Président. L'objectif: contre-attaquer aussitôt.

Passons sur le fait d'utiliser le mot Toile, ce qui est ringard depuis la création d'Internet, et concentrons-nous sur ce qui me gêne dans cette histoire. La plupart des blogs reprennent l'affaire sur un ton goguenard qui traduit un certain amusement mêlé de consternation. C'est l'idée même de surveillance qui gêne en général, mais pour moi ce n'est pas là le problème. Jules détonne en effet en précisant bien:

Nonobstant les termes — disons accrocheurs — de la rédaction journalistique, il s'agit bien de collecter les informations nécessaires à l'anticipation des éventuelles menaces qui pèsent sur l'image présidentielle ; tout comme une entreprise prend soin de surveiller l'évolution de son image.

Tout le problème que j'ai avec cette affaire est que je ne goute pas ce parallèle. L'État n'est pas une entreprise d'une part, et ce n'est pas son image, mais celle du Président dont il est question d'autre part. Ce serait l'UMP qui financerait l'emploi de Nicolas Princen je n'aurais rien à dire. Mais là c'est un poste officiel, il me semble. En quoi la mission de Princen apporte-t-elle quoi que ce soit à l'intérêt public de près ou de loin? Ce n'est pas le cas, sauf à confondre l'intérêt personnel du président et l'intérêt public; ce que je soupçonne Sarkozy de faire, plus dans la lignée d'un Napoléon III que d'un De Gaulle, d'ailleurs.

Princen n'a aucune raison d'être le souffre-douleur de la blogosphère[2], comme le prédit Jules. C'est sa mission qui est déplacée, et l'étrange conception de l'intérêt public qui semble animer les hautes sphères de l'État qui ont eu cette idée ridicule.

Ça, c'est pour la hauteur des principes.

Dans les faits et dans la pratique, il est clair qu'il est ridicule de croire que Princen peut surveiller tous les blogs, sauf à mobiliser des moyens à la chinoise pour ce faire, mais il n'a jamais été question des blogs, dont l'audience reste faible [3] mais d'Internet. Qu'est-ce qui sur Internet, a pu nuire à l'image du Président récemment? La fameuse vidéo du pauvre con, évidemment. Les sites de partage de vidéos comme Youtube et Dailymotion ont une audience bien plus élevée que les blogs, et sont d'autant plus facilement identifiables qu'ils sont les épicentres de ces buzzs basés sur la vidéo. Il est facile de faire pression sur un de ces sites pour faire retirer une vidéo sous divers prétextes passe-partout comme le "droit à l'image". Les dit sites ont d'ailleurs l'habitude, ils retirent quotidiennement des vidéos de clips musicaux ou d'extraits de films ou d'émission, à la demande de sociétés détentrices de copyright.

Cela est d'ailleurs en phase avec une certaine crispation du cercle sarkozien autour de l'image non contrôlée, comme le montre la récente censure de Télé Libre lors d'une réunion publique de Rachida Dati. Mais ça n'a rien de nouveau: déjà pendant la campagne présidentielle, le rôle de Sarko TV avait été de fournir une source d'image contrôlée, certes pas obligatoire, mais en général docilement reprise par les médias mainstream. Souvenons-nous également de l'épisode ridicule de LeWeb3 où une apparition du futur président avait montré sa conception du média: il parle, et on écoute.

Tiens, au fait, qu'en pense Loïc le Meur?

Edit: voir également Versac sur le sujet, puisque, comme il le dit, la "chose" est son métier.

Notes

[1] Qui a déjà sa page Wikipedia

[2] Bon, j'avoue m'être inscrit à son fan-club ironique sur Facebook, pour l'occasion.

[3] Oui même Versac

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dimanche 16 mars 2008

Résultats

Metz a basculé à gauche. Pour la première fois depuis 1948 d'après JCDR sur France 3, qui y voit une volonté de changement.

L'évènement est énorme (pour les Messins), tout autant que le score de Gros (48% selon les sources de France 3, contre 28% pour Rausch).

Évidemment, c'est maintenant que les ennuis commencent... Il faut prouver aux Messins, qui ont surtout voté pour se débarrasser du sortant et moins par adhésion, que la gauche peut gouverner Metz, et que l'avenir avec elle n'est pas morose bien au contraire.

Bonne retraite à monsieur Rausch, et on espère sans trop y croire que Zimmermann aura moins d'influence dans le paysage politique messin dans les années qui viennent.

Mertz (PS) gagnerait à Thionville aussi, et Reims passe à gauche. J'attend les résultats de Strasbourg...

Pendant ce temps Fillon fait l'autiste à la télévision.

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vendredi 14 mars 2008

Sondages phocéens

On ne le dira jamais assez, les sondages que nous proposent les instituts ne sont pas aussi mauvais qu'on ne le pense, ce sont les journalistes qui en font une présentation pernicieuse et leur font dire plus qu'ils ne peuvent dire.

Pas moins de quatre instituts de sondage se sont focalisés sur la course à la mairie de Marseille et ont publié leurs résultats jeudi et vendredi. L'AFP nous présente ceux de BVA et Ifop sous le titre Marseille: un nouveau sondage donne le PS vainqueur dans les 2 secteurs clés, qui ne laisse guère de doute. Pourtant les écarts donnés par les sondages sont ridicules: 51-49 ou 50.5-49.5, ce qui est bien en-dessous de la marge d'erreur, qui est d'au moins 4% pour les échantillons de 500 personnes utilisés par les sondeurs. Ce qui veut dire que dimanche les marseillais du troisième secteur peuvent bien voter à 53% pour la liste UMP sans être en contradiction avec le sondage BVA qui donne 51% d'intentions de vote à la liste fusionnée PS-Modem.

Pour ainsi dire, voilà un récapitulatif des quatres sondages fait avec un tableur OpenOffice qui plante avec une délicate couleur saumon pour essayer de figurer le mélange rouge-rose-vert-orange:

1er secteur:

3ème secteur:

Seul le sondage Ifop pour le 1er secteur de Marseille donne un écart à peu près significatif. Malheureusement, c'est aussi le seul dont je ne connaisse pas la taille de l'échantillon.

Le seul résultat de ces sondages, c'est que le premier et le troisième secteur de Marseille sont extrêmement indécis, et que nul ne peut prévoir l'issue de ce scrutin. Cela n'empêche pourtant la presse de titrer tantôt "le PS vainqueur", tantôt "Gaudin gagnant". Pourquoi une couverture aussi médiocre? Pourtant le fait même qu'il y a un suspense à Marseille et que l'élection se jouera dans des secteurs clés, en particulier le troisième, est une information capitale. Il y a une incompréhension de l'incertitude, et peut-être même une peur de celle-ci, qui conduit les médias à trancher pour l'un ou l'autre candidat, comme pour se rassurer.

Cela étant posé, comme le remarque Hugues, il n'est pas certain que le résultat de dimanche change beaucoup de choses à Marseille, car si la philosophie politique est différente entre l'UMP et le camp socialiste-démocrate, la gestion clientéliste risque bien, elle, d'être la même.

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mardi 11 mars 2008

Rebondissements à Metz

La fusion des listes Griesbeck-Zimmermann-Lebeau, officialisée aujourd'hui, fait donc grincer des dents.

  • Les miennes, bien sûr. L'irrespect des électeurs du Modem allergiques au Zimmermanisme, et de ceux de Lebeau qui ont cru à sa comédie de l'apolitisme (je lui décerne volontiers la palme du foutage de gueule) m'écœure passablement.
  • Celles du Modem aussi, qui avait été rejoint par bien des gens de gauche, qui se retrouvent aujourd'hui floués.
  • Celles de l'UMP enfin, il n'y a qu'à voir les commentaires qui fleurissent sur les blogs et invectivent Zimmermann et ses deux nouveaux amis, accusés à raison de faciliter le travail de la gauche[1]. Et Grosdidier n'a pas attendu pour retirer l'investiture de l'UMP à Zimmermann pour la donner à Rausch. Ce coup de théâtre finit d'ailleurs de transformer ce Dallas en pantalonnade, du niveau des bouffonneries de Neuilly-sur-Seine ou de Puteaux. Il devient quoi le projet de l'UMP porté par Zimmermann maintenant? Finalement c'était pourri et Rausch qui était porté aux gémonies se retrouve l'espoir de la droite? Il faut voir là plus une vengeance de Grosdidier, qui n'avait pas caché sa préférence pour Rausch dès le départ, qu'une volonté de sauver une situation de toute façons désespérée. C'est à se demander si la droite messine n'est pas la plus bête de France...

Je pourrais me réjouir de cette comédie qui offre Metz sur un plateau à Dominique Gros, mais voir la ville se faire tourner en ridicule ainsi est assez affligeant.

Notes

[1] Mais vous savez, les gars, beaucoup de villes sont à gauche et s'en portent très bien...

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Où l'on parle des municipales

Un peu de militantisme, allez:

  • Gros (PS, Verts, PC, centre gauche): 34,04%
  • Rausch (DVD): 24,16%
  • Zimmermann (UMP): 16,68%
  • Griesbeck (Modem): 14,69%
  • Lebeau (Centre): 5,63%
  • Vincent-Falquet (LCR): 2,87%
  • Rinaldi (LO): 1,34%
  • Bonnet (EXG): 0,59%

Metz *peut* passer à gauche. C'est assez incroyable quand on y pense. Rausch était déjà maire que je n'étais pas né, ce qui n'est pas compliqué: il concourt pour son septième mandat quand même! Mais bien sûr, ce ne sera qu'à la faveur d'une triangulaire ou quadrangulaire. Ce qui signifie que les tractations et fusions de listes vont être les principaux déterminants de l'issue de l'élection.

Les rumeurs couraient, et finalement France3 annonce la fusion des listes Zimmermann et Griesbeck. Je ne sais pas le dire autrement: ça me scie le cul. Je pensais que Nathalie Griesbeck avait un peu de dignité. Après avoir clamé qu'elle ne fusionnerait avec personne (mais peut-être parlait-elle seulement de Rausch), voilà qu'elle va propulser, car il ne saurait en être autrement, Marie-Jo Zimmermann, représentante avec Jean-Louis Masson de ce que la droite mosellane fait de pire [1], en meilleur espoir de ceux qui ne veulent pas des socialos-communistes à la mairie de Metz (oui, les termes du débat sont bien de ce niveau-là: apparemment la droite messine craint réellement l'arrivée des chars soviétiques rue Serpenoise). Et en plus, Lebeau, centriste mais pas trop, fera également cocu ses électeurs en étant de la partie, pour la gloire d'un strapontin au conseil municipal. Misère...

Il est à espérer que ces manœuvres à deux sous aient le destin qu'elles méritent: un petit séjour dans l'opposition pour Zimmermann, un renvoi à ses petites affaires de Griesbeck, qui pourra se consacrer pleinement à son mandat passionnant de députée européenne (je dis ça sans ironie), et la mise à la retraite de celui qui a été maire de Metz pendant six mandats, soit six de trop. Au moins.

Il est temps que Metz se réveille. Elle ne peut rester une ville morte plus longtemps.

J'ai envie de dire: Allez Gros!

Notes

[1] Citons Grosdidier, patron de l'UMP de Moselle (un sacré cas lui aussi): Le tandem infernal Masson - Zimmermann pourrit la vie politique départementale. (source). Il faut dire que les deux zigotos ne sont pas pour rien dans le basculement à gauche de la région Lorraine en 2004.

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